Edition scientifique et facteur d'impact
Billet rédigé à partir d’une intervention de Vincent Larivière , directeur scientifique de la plateforme Érudit et directeur scientifique adjoint de l’Observatoire des sciences et des technologies
Les origines et l’utilisation du facteur d’impact
Le facteur d’impact a été créé pour aider les bibliothèques à séparer les revues importantes des moins importantes. Il y a eu un basculement vers l’utilisation du facteur d’impact pour aider les chercheurs à savoir où publier (celles avec le facteur d’impact le plus élevé) car leurs travaux de recherche sont aussi évaluéspar la citation. C’est parfois institutionnalisé, parfois non (// publier chez Nature).
Limites
Les limites du FI tel qu’il est actuellement utilisé sont :
- d’ordre technique, dans le calcul, car il y a asymétrie entre le numérateur et le dénominateur + citations en bonus qui comptent pas dans le dénominateur mais bien dans le numérateur (éditoriaux, reportages, autant de choses non évaluées par les pairs) ;
- d’ordre méthodologique puisque le FI est assez adapté à certaines sciences dures, beaucoup moins avec d’autres voire pas du tout avec les SHS et Humanités ;
- que le FI est de moins en moins corrélé avec les citations reçues depuis l’arrivée du numérique car l ’univers documentaire s’est agrandi. Les pratiques de citation évoluent et sont moins relatives à la qualité symbolique d’une revue mais plus d’un papier. Ainsi l’importance relative des grandes revues diminue (de 9% à 3% des citations pour la plus importante) ;
- que la comparaison entre les disciplines n’est pas possible ;
- que la distribution des moyennes est non paramétrique car la moyenne est poussée vers le haut par un ou deux articles cité 100 fois (qui compte autant que cent articles cités une fois par conséquent).
Le contrôle de plus en plus important des éditeurs à but lucratif sur la recherche
En 1995, le Financial Times avait prédit qu’Elsevier serait le grand perdant d’internet car M/Mme Chercheur pourrait faire plus facilement sa revue. Mais Elsevier a racheté les revues qui fonctionnaient en leur déléguant le conseil scientifique. En 2013 les cinq plus grands éditeurs contrôlaient plus de 50% de la production d’articles scientifiques donnant donc lieu à un oligopole.
A noter que cette mainmise est moins forte dans les SHS pour la simple raison que c’est moins rentable : l’achat à l’année par une université d’une revue en SHS est bien plus faible que pour une revue de STM (science, technique et médicale).
Cette consolidation de l’édition savante autour de cinq éditeurs a des effets néfastes sur les BU et leur budget. Ainsi l’abonnement au bouquet plutôt qu’au cas par cas a été forcé par les éditeurs.
L’importance relative des langues et la création de nouvelles revues selon la langue
Le FI est un facteur de capital pour les chercheurs et la plupart des revues à haut FI sont anglophones. 50% des revues ont toujours été en langue anglaise mais aujourd’hui on monte à 60%. Les Allemands/Chinois créent de plus en plus de revues en anglais. Exception culturelle française : les Français continuent de faire du français et l’anglais est même en petit déclin. Le basculement à l’anglais se fait par à la même décennie d’une discipline à l’autre (sciences dures, médicales, sociales puis humanités) mais c’est une avancée inexorable tant et si bien que c’est aujourd’hui que les arts et humanités s’y convertissent.
Rôle des revues
Les revues nationales gardent un rôle important. Parmi ceux-ci, plusieurs ne font plus partie de leur monopole et sont :
- la diffusion des résultats de la recherche. Cela coûte des dizaines de milliards de dollars aux universités en abonnement, et coûterait moins cher si elles s’en chargeaient elles-mêmes ;
- l’évaluation par les pairs ou autre type d’évaluation ;
- l’archivage des connaissances.
Ces trois premiers points ne sont plus le monopole des revues. En revanche, à l’heure du numérique elles conservent le monopole de fédérer les communautés et de fournir une hiérarchie des découvertes par auteur, institution et pays (capital symbolique).