Portée des revues scientifiques numériques
Billet rédigé à partir de la lecture de l’article de Pierre Mounier « L’édition électronique : un nouvel eldorado pour les sciences humaines ? » dans le Read/Write Book
De quelques distinctions obsolètes
La création des outils et marchés de l’édition numérique a rendu plusieurs concepts et interrogations obsolètes :
- la désintermédiation, puisque les plateforme sont des instruments d’intermédiation éditoriale puissants ;
- l’opposition numérique versus papier pour l’édition scientifique car une revue moyenne qui ne souhaite pas être diffusé en numérique est condamnée ;
- la chaîne du livre, entièrement concentrée sur la réalisation d’un support de diffusion bien particulier qu’est le livre papier.
Permanence de l’activité d’édition
Pour comprendre l’édition numérique, il faut donc comprendre plus généralement ce qu’est l’édition. Elle est :
- une activité économique appartenant aux industries culturelles ;
- liée aux champs scientifiques car toute recherche non publiée n’existe pas aux yeux de la communauté scientifique donc de la science qui se fait ;
- politique au sens où ses travaux sont réinscrits dans le champ social, plus directement avec les SHS pour le débat public alors que les STM (Science-Technique-Médical) passent par l’ingénierie.
Fin de l’âge d’or des SHS et loi de Pareto
Aujourd’hui, après l’âge d’or de l’édition SHS des années 1960-1970 où ces trois caractéristiques convergeaient (publier Foucault = succès économique = légitimation scientifique de Foucault), il y a aujourd’hui divergence entre ces trois piliers. Les raisons peuvent être la sur-financiarisation de l’édition, l’ultra-spécialisation des SHS ou l’arbitraire du débat public.
L’édition scientifique est une habituée des petits tirages et, par conséquent, la loi de Pareto/la logique de la longue traîne devrait tôt ou tard s’appliquer à elle. Le numérique a ainsi entraîné un passage d’une économie de la rareté (quelques très bonnes revues publient) à une économie de l’attention (explosion documentaire et rareté des lecteurs, rendant les barrières à l’accès contre-intuitives).
Portée et accessibilité des revues scientifiques numériques
L’édition scientifique numérique permet aux chercheurs et labos de répondre aux pressions institutionnelles de la publication de manière plus efficace (coût moindre, auto-gestion possible et plus rapide). Elle contribue également à rendre canonique la forme courte de l ’article en tant que valeur d’évaluation de la carrière d’un chercheur, au détriment de la monographie dans le cas des SHS. À noter que les outils numériques permettent à la science normale, devenue largement collective et collaborative, de se faire plus aisément.
L’inscription des publications scientifiques dans le champ social est également nouvelle puisqu’elles sont mises en concurrence avec tous les autres discours (médiatiques, démagogiques, politiques, complotistes, etc.). Quelle est alors la place et quelle reconnaissance donner à des connaissances produites selon des normes professionnelles particulières au sein de la société de l’information ?